stop corrida

La réintroduction de la corrida à Carcassonne

Voici la manière dont, selon leur expression (Bernard Castans, président du Cercle taurin carcassonnais - 2002) : « après cinquante ans de sommeil, le toro prit la ville ». Quant à l’exigence de « tradition locale ininterrompue », nécessaire selon la Loi pour que les corridas soient autorisées dans une ville,  elle a été édulcorée, détournée de son sens, et  finalement ignorée.   De 1951 à 1950
De la fin du XIX° siècle jusqu’à 1950, quelques corridas ont été pratiquées à Carcassonne, ainsi que d’autres types de spectacles taurins, de façon irrégulière, sur offre d’impresarios, dans le cadre de festivités locales, toujours dans des arènes démontables. 
Anciennes arènes
 
Entre 1951 et 1954
Une douzaine de corridas à Carcassonne ont eu lieu, dans des arènes démontables, au lieu-dit Patte d’oie.    

De 1954 à 1999
Aucune activité taurine  sauf de rares exceptions, ici ou là dans le département : des bouffonneries utilisant et humiliant sans vraiment les blesser des jeunes taureaux ou des vachettes, charlotades, toro-piscine, Nains toreros (troupe de « El Bombero »), des toros de fuego… À Carcassonne, la plus notable apparition de vachettes a été le célèbre jeu télévisé Interville  Carcassonne / Dax en 1971.

En 1988
Reconstitution du Cercle taurin carcassonnais, en sommeil depuis 1955.

En 1999
Une première fête dite espagnole dans le quartier de la Barbacane

En 2000
Une nouvelle « Fête espagnole » tenue à l’église Saint-Gimer et dans le quartier de la Barbacane et de la Trivalle (vieux petits quartiers réputés encore peuplés de nombre d’espagnols et de gitans, mais en fait depuis beau temps quartiers simplement populaires), avec « spectacle de chevaux andalous », « messe sévillane », « costumes traditionnels », « repas typique » et autres espagnolades de la même farine, le tout sous l’égide du Cercle taurin carcassonnais, association en sommeil depuis 48 ans, reconstituée et réapparue, avec le soutien extrêmement décidé du Maire (UMP) de Carcassonne, M. Raymond Chesa (décédé en 2005), lui-même d’origine espagnole et aficionado fervent.

En 2001
Idem, mais avec exposition de peintures, danses, et apparition des taureaux lors d’un abrivado (des taureaux encadrés par des gardians armés du redoutable trident défilent dans une portion de rue) et une becerrada (spectacle au cours duquel un ou plusieurs veaux de 2 ans sont « travaillés » à la cape et parfois piqués de banderilles – de deux à six).

26 novembre 2001
Dépôt en préfecture des nouveaux statuts du Cercle taurin carcassonnais, qui depuis 1988 avait succédé sous ce nom au défunt mais jamais dissout Cercle taurin carcassonnais créé en 1899.
Le Bureau : Bernard Castans, président ; Marc Pozza, secrétaire ; Martine Aubert, trésorière ; membres : Serge Bérard,  André Breffeil, Jean-Michel Boulègue, Alain Clinard, Marc Teulié, Françoise Vieux-Castans … et Jean-Claude Pérez, député, futur maire, était (et est toujours, sans doute) membre de ce Club.

En 2002
Finis les travaux d’approche, finie la mise en condition : au programme, novillada  « non piquée » (formule ambiguë : six taurillons toréés sans les piques du picador à cheval, mais pouvant subir des banderilles et même la mise à mort à l’épée), corrida de rejon (corrida à cheval, avec les banderilles longues – 1,60 m, puis les courtes ordinaires, et la mise à mort avec les javelots, lames dentées de 40 cm), le tout couplé à une Semaine espagnole soutenue par la ville, semaine qui ne connaît de l’ Espagne que son drapeau, la silhouette noire du taureau dit « Osborne » et les corridas, évidemment.
Bien entendu, à cela se joint la feria, animation d’ailleurs réellement populaire, avec stands, musique, boissons, etc. La feria est l’indispensable faux-nez de la « vraie » corrida.

27 août 2002
Procès, introduit par L’Alliance pour la suppression des corridas, basée à Nîmes, et par l’Association One Voice, basée à Strasbourg (j’ai été moi-même intervenant volontaire dans ce procès, donc sans possibilité d’influer sur son déroulement). Procès perdu par les abolitionnistes, à Carcassonne d’abord, puis en appel à Montpellier ensuite.
À partir de là, les taurins ayant champ libre et bénéficiant du soutien inconditionnel du maire Raymond Chésa puis de son successeur Gérard Larrat, ont obtenu toutes les facilités, toutes les aides, tous les soutiens nécessaires pour s’implanter et « conquérir » la ville, sur laquelle ils ont littéralement fait main basse…
De plus, les trois quotidiens locaux (L’Indépendant, le Midi Libre et La Dépêche  du Midi), tous trois dirigés par des aficionados, avec des journalistes aficionados également, n’ont eu de cesse de multiplier les articles, les photos, les commentaires, les entrefilets, etc.  en faveur des taurins et de la corrida, cependant qu’ils dénigraient de cent façons, voire ignoraient carrément, les opposants à ces spectacles, pourtant très majoritaires dans la population : toutes les enquêtes d’opinion, y compris un sondage pourtant commandité par l’Indépendant, le prouvent.

En 2006
La division du Cercle taurin, et la création par suite de Carcassonne toros, présidé par un proche du maire, Marc Teulié, ancien Conseiller Général, devenu le club organisateur, cependant que le Club taurin cessait pratiquement son activité, n’a fait que renforcer la collusion avec la municipalité, en particulier par la création d’une commission extra-municipale mêlant des élus et des taurins.


En 2010
A la suite du changement de municipalité (Jean-Claude Pérez, PS, succédant à Gérard Larrat, UMP), l'organisation de la corrida a été confiée à
Arènes mobiles l'Union des aficionados du carcassonnais (UDAC), présidée par l'avocat Raphaël Alberti, associée à une entreprise privée spécialisée aux mains en particulier de Didier Lacroix (ex-rugbyman) et de Robert Margé (éleveur de taureaux).  Le club Carcassonne toros, trop marqué à droite et trop lié à l'ancienne municipalité, a été mis à l'écart - mais l'UDAC, récemment  créée pour la circonstance, a permis aux taurins de contourner la difficulté... Le Cercle taurin carcassonnais, quant à lui, continue d'exister, mais - pour l'instant - ne fait pas grand-chose... Pour l'instant seulement : soyons vigilants ! 

Dans le même temps, la nouvelle municipalité s'engageait à ne plus financer d'aucune façon les corridas, ce qu'elle a fait ; toutefois, elle continue de prêter gratuitement le terrain,  pendant un mois, d'adhérer à l'Union des villes taurines, cependant qu'elle exonère les taurins de la taxe sur les spectacles et que le Cercle taurin bénéficie toujours en permanence de la salle dite Chapelle de la rue Barbès. Quant aux aides cachées, rien pour le moment ne permet d'affirmer qu'il y en a eu...                                                               

Denis Boulbès

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06.10.2010